Des sapins du Jura aux combes du Haut‑Doubs, la Franche‑Comté n’a cessé, depuis un siècle, d’écrire certaines des plus belles pages de l’histoire olympique française. Biathlètes, skieurs alpins, spécialistes du combiné nordique ou pionniers de la patrouille militaire : retour sur ces seize champions qui ont hissé très haut les couleurs de la région lors des Jeux olympiques d’hiver.
Les rois du combiné nordique
Il faut attendre les années 90 pour voir de nouveau la Franche-Comté briller aux Jeux olympiques. C’est le début de l’âge d’or du combiné nordique français. Une discipline exigeante mêlant saut à ski et ski de fond.
L’histoire débute le 11 février 1992. Pour le sport français, l’un des jours les plus riche en émotion de l’histoire des Jeux d’hiver. Ce jour‑là, dans la lumière douce du Beaufortain, deux jeunes Francs‑Comtois -Fabrice GUY, 23 ans, et Sylvain GUILLAUME, 24 ans- vont créer l’un des plus beaux doublés jamais réalisés par l’équipe de France : originaire de Mouthe, Fabrice GUY vient de remporter la coupe du monde de combiné et s’avance en favori aux jeux français d’Albertiville. Déjà l’un des meilleurs sauteurs du circuit, il réalise une prestation solide qui le place en troisième position avant le ski de fond. Irrésistible sur la piste, il fond sur le Japonais Reiichi MIKATA et l’Autrichien Klaus OFNER, et franchit la ligne d’arrivée en héros. L’histoire était déjà belle. Elle va devenir extraordinaire 38 secondes plus tard. Relégué au 13e rang après le saut, le Champagnolais Sylvain GUILLAUME réalise une « remontada » d’anthologie. Dans le dernier kilomètre, il dépose l’Autrichien Klaus SULZENBACHER pour venir décrocher une splendide médaille d’argent. Le doublé est historique et fait pleurer la France entière.
Sylvain GUILLAUME et FABRICE GUY, stars des jeux d’Albertville 1992. Photo DR
Des résultats et des émotions qui inspireront toute une génération, jusqu’à Jason LAMY‑CHAPPUIS. Le jeune franco-américain vit à Bois d’Amont, dans le Jura. Il a 6 ans lorsque Fabrice GUY et Sylvain GUILLAUME réalisent l’incroyable doublé d’Albertville. 18 ans plus tard, c’est lui qui va réécrire l’histoire. A Vancouver (2010), dans l’immense décor enneigé de Whistler, Jason s’avance dans la peau du numéro 1 mondial. Cinquième à l’issue du saut, à 46 secondes du leader finlandais Janne RYYNÄNEN, il sait qu’il a « la caisse » pour remonter. Lorsque la course de fond débute, il s’élance avec calme à la poursuite du finlandais, et surtout de l’Américain Johnny SPILLANE et de l’Italien PITTIN, les autres favoris.
Jason LAMY-CHAPPUIS (dossard 5), vainqueur du combiné nordique de Vancouver 2010. Photo DR
À mi‑course, il rejoint le groupe de tête. Les derniers kilomètres deviennent une partie d’échecs à très haute intensité : PITTIN attaque, SPILLANE répond, LAMY‑CHAPPUIS reste derrière, presque invisible. Les trois hommes se présentent ensemble dans la dernière ligne droite. L’arrivée est l’une des plus serrées de l’histoire du combiné nordique. Jason joue son vatout et place son attaque à quelques dizaines de mètres de la ligne. SPILLANE tente de résister, PITTIN craque. Le jurassien jette son ski sur la ligne, et devient champion olympique pour 0,4 seconde, devançant Johnny SPILLANE. Mythique.
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